Le Comité Consultatif National d'Ethique.

Olivier Abel est membre du Comité Consultatif National d’Ethique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.
             L’Elysée a donc décidé de réformer le Comité consultatif national d’éthique et de nommer un nouveau président, en remplacement du professeur Didier Sicard, à sa tête depuis 1999. Et c’est sans un mot de consultation ni de gratitude pour le travail effectué, par la presse, que l’entourage de Nicolas Sarkozy a fait connaître ses intentions.
           Je voudrais dire pourquoi j’estime que c’est une erreur politique. Je suis membre du Comité depuis plusieurs années, et je connais le professeur Didier Sicard, et je crois d’abord qu’il serait erroné de croire Sicard et le Comité isolés dans leur tour d’ivoire, sans prise sur les questions concrètes (comme il a été dit), et sans renommée.
            Didier Sicard n’est pas seulement une sentinelle du protestantisme, mais un digne représentant de l’ensemble du monde chrétien, connu et soutenu par la majorité des catholiques. Quant au comité, qui fut le premier comité d’éthique au monde, il a un prestige international tel que Sicard avait pu obtenir justement début septembre une réunion internationale des comités pour voir comment coordonner leur action dans l’opinion publique mondiale.
           Ce que Didier Sicard a développé et qui peut gêner des décideurs qui demandent des avis simple et faciles, c’est une culture de la réflexion et de la discussion qui élargit les questions posées pour y pointer les vrais débats de société, au lieu de les limiter à des réflexions techniciennes. Le résultat, c’est que ce Comité emmerde tout le monde par ces complications et devient un point d’appui pour la contestation.
           Sur des thèmes comme la santé en prison, le dépistage précoce de la délinquance chez les enfants, ou les tests ADN, par exemple, les récents avis du CCNE ont en effet pu être critiques à l’égard de la politique gouvernementale. Et ce n’est pas fini, puisque nous travaillons actuellement, entre autres, à un rapport sur « prison et psychiatrie » dans le contexte de la rétention de sûreté.
          Mais la véritable erreur politique est encore ailleurs à mon avis. Pour comprendre le fond du problème il faut d’abord rappeler que nous n’avons pas autorité pour faire la loi, que nous sommes seulement consultatifs, mais que nous sommes là pour poser des questions et faire vivre le débat. Nous ne sommes pas là pour répondre aux questions, mais pour chercher à formuler les questions profondes. Et ce que les conseillers de Sarkozy semblent avoir du mal à comprendre c'est combien l'absence de contradiction démocratique interne aux institutions, l' "unanimisation" de l'opinion publique, fait le lit des retournements de l'opinion versatile que nous voyons aujourd'hui.
          Ne nous y trompons pas : le gouvernement ne nous reproche pas notre manque de pouvoir au contraire, il nous reproche de ne pas être assez une instance de pouvoir, une agence d’aide à la prise de décision. Le gouvernement ne sait pas quoi faire de notre autorité. Dans la Rome antique, le Sénat n’avait aucun pouvoir, mais il avait l’autorité d’approuver ou de ne pas approuver le pouvoir consulaire. Ce dernier pouvait passer outre les recommandations du Sénat, mais un pouvoir sans autorité est faible.
         L’erreur politique serait de vouloir supprimer toutes les instances qui, à côté du pouvoir gouvernemental, l’autorisent — et qui n’ont cette autorité que parce que parfois, elles n’apportent pas leur approbation.

 

Proposition

          De la folie d'amour, qu'est-ce qu'on a fait ? Cette fadeur qui nous étouffe et qui nous tue. Il faut que cela cesse. Il nous faut vivre éternellement la grâce et ne plus avoir peur. Toujours être pour l'autre ce que l'on est vraiment. Ne pas dire non, jamais. Et puis s'abandonner, brûler de tous les feux ; à en mourir. Et en mourir. De l'énergie qui en découle créer le beau. Sans concession, s'abandonner à l'autre. Émouvoir la nature au point de la faire suffoquer peut-être.
          Car enfin, pourquoi donc on s'obstine à dire que l'on ne s'aime pas ? C'est quoi ce besoin de pleurer seul, cette peur ? C'est le mystère.
          On meurt des temps figés, des questions inutiles, des engagements faciles. Mais rien n'empêchera jamais les méchants d'être méchants, la bête immonde d’être à certains vitale, le malsain d'être immuable. L'arme absolue ne combat plus que l'innocence et, pacifiés, nous sommes l'agneau face au couteau.
          C'est la mélancolie qui nous sauvera, un jour, tout à la fin, de tout ce miasme incohérent et sans visage, de cette horreur qui fait pleurer, de cette souffrance. C'est de cette paix qu'il nous faut, le coeur attendri de soi-même et des autres, de cet appel où tout s'effondre pour renaître.
          Et si Cassandre avait raison ?
 

Textes de Pierre Noède

Textes de Stéphane Lavignotte

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