Quelque part en France, une amie, Cécile, a décidé hier, avant-hier, je ne sais plus, de se donner la mort. La beauté déchirée, cette innocence aux yeux pleinement ouverts devant l'horreur du temps et l'inutile douleur du monde, se voit taxée de folie. Rien que de folie qui, douce ou pas, impose l'internement. Impose l'observation. Pour que tout l'inconnu s'enfuit dans le connu. Mais pour que l'on oublie aussi, hélas, d'appeler un chat un chat. La science est là, c'est sûr. Ainsi, par exemple, bien trop souvent le désespoir est appelé « mélancolie » ou « dépression », et la révolte, nécessairement éparse en ces temps de grand désarroi, porte le nom de « délire aigu ». Trop encore croient que l'on construit dans la victoire; et seulement dans la victoire. Jamais dans l'abandon, jamais dans la défaite ou dans l'oubli. Inutile de se révolter, inutile de pleurer. Inutile de prier même. Voilà, c'est dit, le débat est clos. Force est pourtant de constater que nous avançons sans bien avoir le temps de nous observer nous-mêmes et que l'autre n'a plus fonction que de nous faire comprendre que l'on vit seul. Alors pourquoi ne pas s'en remettre, exceptionnellement, au simple bon sens et laisser l'évidence de certaines vies se déclarer par les pleurs ou la révolte ?
De la folie d'amour, qu'est-ce qu'on a fait ? Cette fadeur qui nous étouffe et qui nous tue. Il faut que cela cesse.
Il nous faut vivre éternellement la grâce et ne plus avoir peur. Toujours être pour l'autre ce que l'on est vraiment. Ne pas dire non, jamais. Et puis s'abandonner, brûler de tous les feux ;
à en mourir. Et en mourir. De l'énergie qui en découle créer le beau. Sans concession, s'abandonner à l'autre. Émouvoir la nature au point de la faire suffoquer
peut-être.
Car enfin, pourquoi donc on s'obstine à dire que l'on ne s'aime pas ? C'est quoi ce besoin de pleurer seul, cette
peur ? C'est le mystère.
On meurt des temps figés, des questions inutiles, des engagements faciles. Mais rien n'empêchera jamais les méchants
d'être méchants, la bête immonde d’être à certains vitale, le malsain d'être immuable. L'arme absolue ne combat plus que l'innocence et, pacifiés, nous sommes l'agneau face au
couteau.
C'est la mélancolie qui nous sauvera, un jour, tout à la fin, de tout ce miasme incohérent et sans visage, de cette
horreur qui fait pleurer, de cette souffrance. C'est de cette paix qu'il nous faut, le coeur attendri de soi-même et des autres, de cet appel où tout s'effondre pour renaître.
Et si Cassandre avait raison ?
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