Poésie

Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /2009 17:44

          Bon. C'est le bordel. On va pleurer, encore. On va tuer les voisins, assassiner son chien, bouffer du cheval. Demain sera éternellement demain. Seulement voilà, on aime. On aime très fort le vent des nuits d'été, la chaleur d'un feu de bois les jours d'hiver. On aime un autre que soi-même. Parfois. Souvent. Toujours. Alors s'installe en nous l'étrange capacité que nous avons de vivre heureux. On va pleurer, c'est sûr. D'amour. Pas moins, pas plus. C'est déjà, là, le sens profond de toute la comédie humaine. Vaudeville sorti des seuls déboires de l'Homme, l'Histoire est bien risible en somme : nous n'avons rien construit et tout nous fût donné. C'est bien la seule des théories que nous puissions, en connaissance de cause, reconnaître comme nôtre. L'évidence des coups reçus n'a pas d'alternative réelle. Nous sommes bien morts de la coupable envie que nous avions de vivre. Vivre. Un peu. Plein de l'étonnant bonheur qu'ont les Hommes de se savoir mortels. Ne passer là qu'un peu, trainer quelques instants sur cette terre, s'évaporer dans l'amour qui souvent vient. Nous sommes tranquilles, apaisés, certains qu'après la mort nous nous retrouverons tous pour glisser sur le temps, les brumes et l'océan.

          La contradiction ne doit plus nous faire peur : nous avons trop souffert pour cela. Mais reste la poésie, le rêve et l'incompréhensible. L'incompréhensible : une heure passée près d'un point d'eau dans un verger pendant la guerre, le miracle à la portée du plus incrédule des humains.

Par Lionel DEGOUY - Publié dans : Poésie - Communauté : Cassandre
Ecrire un commentaire - - Recommander
Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 18:47
Le malheur n’est en rien immuable. Non, rien de nos souffrances n’est immuable. Puisqu’il nous reste l’amour et la fraternité, la bienveillance l’un envers l’autre. Cela, nous ne pouvons le nier : Dieu nous garde, en vérité. Par le seul miracle de l’amour.
Et il faut dire que le miracle est une tricherie de Dieu. Que c’est ainsi qu’il lui plaît de chambouler cette saloperie de pragmatisme ambiant, de ces immondes logiques ainsi que cette bonne vieille causalité bidon et de sa prétendue irréductibilité. Pourtant force est de constater que la résurrection possible de chacun dans cette vie présente est une réalité tout aussi sûre que la fragilité ou la douleur des Hommes.
Posséder la conviction profonde que nul ne possède cet imaginaire pouvoir de faire le bien ou le mal : tout autant que le bonheur, le mal ne nous appartient pas. En rien. Tant il est évident que nous le subissons, ce mal, tout autant que nous le procurons. C’est pourquoi il est flagrant que nous ne sommes en rien responsables de nous-mêmes. Nos actes ne sont que d’inutiles efforts que nous sommes contraints de faire pour rester amarrés à nos pitoyables destins, seuls refuges qui nous soient accordés au bout du compte.
Le mieux, à la suite de tout cela, serait encore de prendre à corps perdu tout à la fois la vie, qui partout surabonde, et notre misérable condition d’humains. Il nous faut en avoir la conviction.
Cet espoir simple est celui de l’Homme libre : malgré la fatigue générale de nos corps, nous trouverons toujours la force de pleurer.
Ne serait-ce que parce que chacun peut constater que la nuit, il est possible de voir tous les soleils du ciel, alors même que le jour nous interdit de regarder le nôtre en face.
Par Lionel DEGOUY - Publié dans : Poésie - Communauté : Cassandre
Ecrire un commentaire - - Recommander
Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /2009 00:49
J'appelle finalement au crime tous les amoureux déchus, toutes les amoureuses trahies, tous les enfants abandonnés. Que rien ne soit fait pour les arrêter, pour les châtier. Ce sont les porcs qu’il faut abattre de sang-froid et sans remords, pas les enfants. Et pas les fous non plus. Dans ce monde de bien-pensants macabres et tortionnaires, le pays des droits de l'homme n’est défini que par ses propres droits de l'homme. Cela empêche, dès lors, bien des gens de rêver.

           Malgré cela j'attends, serein, ce proche avenir où rien ne fera plus vaciller l'âme belle de nos enfants ; où la folie, définitivement libérée de toute entrave, prendra à revers les plus grands stratèges de ce monde. Nous construirons demain les espaces verts et les forêts de nos assassins.

          On n’enferme pas un coeur qui bat. On n’enferme pas cet amour qui parfois nous ronge de son absence, cet amour dont on voudrait qu'il ne touche que soi, et pas les autres. Cet amour que l'on veut tout entier, en le gardant là, bien au chaud, bien à l'abri des coups de l'inutile douleur du monde. Se protéger, enfin. Être hors du vivre et du non vivre, être dans l'essentiel ailleurs d'André Breton. Au point de ne plus sentir ce monde qui nous étouffe tous, trop.

          Rien ne dit que l'on serait heureux dans cet ailleurs tant que l'on n’y a pas goûté pleinement, mais quand il apparaît, ce royaume, on sait que c'est cela la vérité, le sens même de la vie. Nul besoin de chercher, il suffit de se rappeler.

          Et le mystère de notre foi nous le voulons pour tous et pour chacun. C'est cette folie qui nous apprend chaque jour à n'être que de simples hommes, de simples femmes, à faire de nos faiblesses la force même de nos amours, de notre mort et de celle des autres. L'humanité n'est rien face à cette passion qui nous enchante.

          Mener la barque à bon port n'est pas de tout repos, mais je ne veux pas, moi, être l'otage de la raison. Celle qui voudrait bien voir mourir le sens de toute la condition humaine, fût-elle tragique ou merveilleuse.
Par Lionel DEGOUY - Publié dans : Poésie - Communauté : Cassandre
Ecrire un commentaire - - Recommander
Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /2009 02:45
On n’oublie rien quand sur les champs de bataille on a perdu l'âme sœur. Mais c'est surtout qu'on aime à la légère. Succinctement. Il n'y a là rien d'exceptionnel, mais rien de bon non plus. Le général, en ce point précis, ne peut sauver le particulier. On meurt ensemble devant l'audace de nos contemporains à n'être que des faibles en amour fou. Tout est bien mort, sans l'autre ; rien n'est réel, même. C'est bien cela que chaque adulte sait. Et c'est là qu'est le crime : ils savent l'amour. Ils connaissent bien l'Amour. Alors ? Alors les enfants meurent. Et de sale mort. Seuls.
Tout n'est qu'absence.
Une balle. Un flingue.
Seulement voilà, il faut compter avec l'amour des autres, l'amour de l'humanité, la sagesse, la philosophie, que sais-je encore... il faut que rien ne cesse dans nos envies, alors il faut canaliser, assouvir de façon non spontanée, de façon calculée.
Le goût sucré de la raison fait oublier souvent que rien n'empêche d'être déraisonnable, de savoir vivre le temps présent sans se fourvoyer à n'être qu'un sauveur de l'humanité, un journaliste, un politique ou pire encore, un curé, un psychiatre.
Car rien ne vaut la mort quand il s'agit d'amour.
De l'amour.
Par Lionel DEGOUY - Publié dans : Poésie - Communauté : Cassandre
Ecrire un commentaire - - Recommander

Proposition

          De la folie d'amour, qu'est-ce qu'on a fait ? Cette fadeur qui nous étouffe et qui nous tue. Il faut que cela cesse. Il nous faut vivre éternellement la grâce et ne plus avoir peur. Toujours être pour l'autre ce que l'on est vraiment. Ne pas dire non, jamais. Et puis s'abandonner, brûler de tous les feux ; à en mourir. Et en mourir. De l'énergie qui en découle créer le beau. Sans concession, s'abandonner à l'autre. Émouvoir la nature au point de la faire suffoquer peut-être.
          Car enfin, pourquoi donc on s'obstine à dire que l'on ne s'aime pas ? C'est quoi ce besoin de pleurer seul, cette peur ? C'est le mystère.
          On meurt des temps figés, des questions inutiles, des engagements faciles. Mais rien n'empêchera jamais les méchants d'être méchants, la bête immonde d’être à certains vitale, le malsain d'être immuable. L'arme absolue ne combat plus que l'innocence et, pacifiés, nous sommes l'agneau face au couteau.
          C'est la mélancolie qui nous sauvera, un jour, tout à la fin, de tout ce miasme incohérent et sans visage, de cette horreur qui fait pleurer, de cette souffrance. C'est de cette paix qu'il nous faut, le coeur attendri de soi-même et des autres, de cet appel où tout s'effondre pour renaître.
          Et si Cassandre avait raison ?
 

Textes de Pierre Noède

Textes de Stéphane Lavignotte

Catégories

Rechercher

Derniers Commentaires

 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés