Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 06:18

          Depuis vingt-sept ans tu tournes en rond et en carré dans un couloir de la mort, à Philadelphie la mal-nommée. Misadelphie, tu hais ton frère.

Ton frère noir. Tout est là. Militant des droits de l'homme, des droits des noirs, il fallait l'abattre. On lui a fait un procès inique, digne des sbires de Staline. Faux-témoins, juge acharné à sa perte, tu n'y coupais pas, Mumia.


          Mais voilà, au lieu de t'assassiner légalement tout de suite, on te distille la mort au goutte à goutte
depuis tout ce temps, le temps de toute une existence. Pendant que la vie douce et amère continue pour les autres, dehors, avec une femme, des enfants, le boulot, les loisirs. Pendant que tes frères noirs et tes frères blancs continuent de se battre, en liberté surveillée, pour la justice et l'humanité des hommes.


          Mais tu te bats aussi. Tu tiens bon ! Malgré l'épée de Damoclès qui fait du yoyo au-dessus de ta tête. Malgré les menottes et la cage transparente où l'on t'exhibe au parloir. Ah ! Depuis que Desmond Tutu est venu te voir dans ta papamobile immobile - des fois qu'on te tirerait dessus ont enlève les menottes. Tu peux aussi parler avec les mains.

Et avec ta tête. Tu écris des livres, pour dire ta lutte et ta foi. On devra tuer un écrivain reconnu. Pour tuer celui que tu n'étais pas il y a 27 ans, celui que tu n'as jamais été, on veut tuer celui que tu es maintenant.


         Tu es même devenu avocat, et tu as réussi à faire libérer d'autres condamnés. Sauf toi.


         Méchante ironie du sort : un nouveau procureur noir veut ta peau. Enfin, pas au sens propre, il n'a déjà que trop de noir sur lui. Tu es peut-être son pire souvenir de lui-même.

Mais tu n'es pas seul, Mumia. Dans le monde entier, tes frères de toutes les couleurs - et le mélange de toutes les couleurs, c'est le noir - se battent avec toi. Pour que tes nuits blanches soient un peu plus noires. Pour que les comploteurs à la Montecristo sauce Ku-Klux-Klan qui veulent t'effacer de leur paysage ne broient jamais plus du noir.


         Et pour qu'un jour, partout aux States, s'arrête à jamais l'innommable peine capitale. Que la barbare et criminelle peine de mort soit morte à jamais.

Par Lionel - Publié dans : Chronique sociale - Communauté : Cassandre
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Proposition

          De la folie d'amour, qu'est-ce qu'on a fait ? Cette fadeur qui nous étouffe et qui nous tue. Il faut que cela cesse. Il nous faut vivre éternellement la grâce et ne plus avoir peur. Toujours être pour l'autre ce que l'on est vraiment. Ne pas dire non, jamais. Et puis s'abandonner, brûler de tous les feux ; à en mourir. Et en mourir. De l'énergie qui en découle créer le beau. Sans concession, s'abandonner à l'autre. Émouvoir la nature au point de la faire suffoquer peut-être.
          Car enfin, pourquoi donc on s'obstine à dire que l'on ne s'aime pas ? C'est quoi ce besoin de pleurer seul, cette peur ? C'est le mystère.
          On meurt des temps figés, des questions inutiles, des engagements faciles. Mais rien n'empêchera jamais les méchants d'être méchants, la bête immonde d’être à certains vitale, le malsain d'être immuable. L'arme absolue ne combat plus que l'innocence et, pacifiés, nous sommes l'agneau face au couteau.
          C'est la mélancolie qui nous sauvera, un jour, tout à la fin, de tout ce miasme incohérent et sans visage, de cette horreur qui fait pleurer, de cette souffrance. C'est de cette paix qu'il nous faut, le coeur attendri de soi-même et des autres, de cet appel où tout s'effondre pour renaître.
          Et si Cassandre avait raison ?
 

Textes de Pierre Noède

Textes de Stéphane Lavignotte

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