Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 16:15
Le sang bien dessiné, bien peint, donne à mes nerfs la nécessaire tension à l’exaltation de mes sens. Le pourpre, tout à la fois sombre et criant, donne à rêver d’amours sanglantes qui parfois deviennent salvatrices, tant l’ennui nous menace, de façon certaine et mortelle par des amours bien trop frileuses, trop objectives, trop mesurées, trop calculées. Plus que tout, le beau sauve le bien trop dur labeur de son immuabilité et de sa pathétique logique. Alors, entre autres mille choses, pour affiner mes sens, chaque fois que je le peux, je passe les portes enfin déverrouillées du musée Fabre, à Montpellier. Le soleil y entre à volonté, par ces nombreux beaux jours, et vient, du haut du bâtiment, à travers le verre poli, glisser le long du noir immense de Pierre Soulages : la lumière blanche et crue face à la sombritude. Entre eux, nous.

          A quelques marches à peine, dans les bas-fonds de la structure, se trouve, comme en opposition, l’obscure intimité d’un Rubens, d’un Breughel ou d’un Bloemen en leurs écrins dorés, créateurs d’ombres brunes. Partout l’architecture capte la lumière et lui fait don d’espaces propres à la recevoir, ou propres à l’absorber, pour en extraire l’étincellement le plus violent et le faire cheminer avec autorité vers les zones d’ombre : par le miracle de petites salles, se présentent les formes étranges et tortueuses de la peinture flamande et hollandaise du XVème siècle.

          Il faut, ici, se laisser porter par l’immuable, là où le temps se pose pour laisser place à la mélancolie, l’errance, et pour finir, la liberté. Ces œuvres-là sont là pour nous rappeler comment nous nous laissons happer bien trop souvent par d’incommensurables courses incessantes et insensées vers on ne sait trop qui, vers on ne sait trop quoi. A nous, donc, de savoir profiter de ces furtives évasions vers des mondes parallèles aptes à nous transporter, par delà nous-mêmes, au-delà de nous-mêmes.

          N’est-ce pas à cet endroit précis, en ces temps de décomposition folle de l’être, que se situe le cœur de nos questions présentes : l’amour de soi, indubitablement lié à l’amour de l’autre, nous offre une perspective unique, et parfaitement possible, à la liberté, que nous avons toujours possédée, de choisir entre le temps de vivre et le temps de mourir un peu, de temps en temps. Le temps de vivre un peu : mourir. Le temps de mourir un peu : enfin se poser là, comme éternel. Et puis heureux, tout simplement heureux. Comme dans les bras d’une jolie fille. Loin de la guerre, enfin.
Par Lionel DEGOUY - Publié dans : Errance - Communauté : Cassandre
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Proposition

          De la folie d'amour, qu'est-ce qu'on a fait ? Cette fadeur qui nous étouffe et qui nous tue. Il faut que cela cesse. Il nous faut vivre éternellement la grâce et ne plus avoir peur. Toujours être pour l'autre ce que l'on est vraiment. Ne pas dire non, jamais. Et puis s'abandonner, brûler de tous les feux ; à en mourir. Et en mourir. De l'énergie qui en découle créer le beau. Sans concession, s'abandonner à l'autre. Émouvoir la nature au point de la faire suffoquer peut-être.
          Car enfin, pourquoi donc on s'obstine à dire que l'on ne s'aime pas ? C'est quoi ce besoin de pleurer seul, cette peur ? C'est le mystère.
          On meurt des temps figés, des questions inutiles, des engagements faciles. Mais rien n'empêchera jamais les méchants d'être méchants, la bête immonde d’être à certains vitale, le malsain d'être immuable. L'arme absolue ne combat plus que l'innocence et, pacifiés, nous sommes l'agneau face au couteau.
          C'est la mélancolie qui nous sauvera, un jour, tout à la fin, de tout ce miasme incohérent et sans visage, de cette horreur qui fait pleurer, de cette souffrance. C'est de cette paix qu'il nous faut, le coeur attendri de soi-même et des autres, de cet appel où tout s'effondre pour renaître.
          Et si Cassandre avait raison ?
 

Textes de Pierre Noède

Textes de Stéphane Lavignotte

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